Etre ou ne pas être…

à sa place

 ** Billet de mars 2011 **

 

Voilà la question que je me pose quotidiennement…

** Avertissement:  je suis d’humeur morose…

Si vous voulez de la légèreté aujourd’hui, passez votre chemin ;) **

 

Je ne suis pas fière, non, pas fière du tout, lorsque je dois indiquer ma profession…

 

La plupart des gens pensent que j’exerce un métier formidable, relationnel et humain, exigeant et gratifiant…

 

Et bien moi je n’en suis pas persuadée… Loin s’en faut…

 

J’affiche  même un certain mépris pour cette profession, trop imbue d’elle-même, empreinte de la supériorité toute paternaliste affichée par nombre de mes confrères…

 

J’écris ce billet après avoir lu celui de « Dix Lunes », que vous pouvez consulter ici.

Cette lecture replace mon mépris dans son contexte…

 

Ils savent…

Enfin, ils pensent savoir…

 

Pour ma part, je doute…

Tout le temps…

 

Je me demande si ma place est bien dans ce bureau, à faire ce travail là…

 

Mon rêve à moi, il est ailleurs

 

J’ai fait médecine car je voulais « aider les gens »…

Et plus j’avance, plus je me rends compte que la médecine n’aide pas les gens…

Elle soigne… parfois…

Elle montre ses limites… souvent…

Pour moi, les maux du corps gagneraient à être envisagés par l’autre bout de la lorgnette…

Prendre en charge les maux de l’âme pour libérer le corps… Voilà ce que je voudrais faire…

 

S’acharner à faire taire des symptômes, à coups d’antalgiques, d’antibiotiques, d’anti-dépresseurs… à quoi bon?

 

Pourtant, c’est ce que les patients semblent attendre de moi… Alors je le fais… Et je le fais comme les autres, à coups d’antalgiques, d’antibiotiques, d’anti-dépresseurs…

Mon problème, c’est ma conscience…

Une conscience trop aiguë que je me perds en procédant de la sorte…

 

Mais en même temps, ai-je le choix, dans l’état actuel des choses??

 

Je voudrais me former à la psychothérapie, et exercer en tant que telle…

Quitter la médecine et ses médicaments, pour laisser la place à  la parole qui libère…

 

Mais dans l’immédiat, je ne peux pas…

Et quand je le pourrais, saurais-je surmonter mes peurs et mes blocages pour tourner cette page-là?

 

L’une des choses qui me freinent, c’est l’idée que la plupart des gens que je rencontre aujourd’hui n’iraient pas consulter un psychothérapeute…

Ils sont dans leur symptôme, ils attendent un remède, ils vont chez le médecin…

Donc là où je me situe aujourd’hui, je peux toucher beaucoup plus de monde… Ouvrir certaines consciences… Initier un processus…

On m’a souvent dit que ma sensibilité aux maux de l’âme faisait ma richesse en tant qu’omnipraticien… (C’est un peu présomptueux, mais je crois que c’est possible….)

 

Alors suis-je plus utile derrière ma plaque de médecin généraliste?

 

Possible…

 

Mais je suis tellement consciente de mes limites, voire de mon incompétence, dans certains domaines…

Je ne mets pas mes connaissances suffisamment à jour, je n’en ai pas l’envie, pas l’énergie…

Mon énergie, j’ai envie de la mettre à profit dans le domaine du développement personnel… Mes connaissances, j’ai envie de les développer dans le domaine de la relation d’aide…

 

C’est bien beau… Mais tellement insuffisant pour un médecin, d’autant plus pour quelqu’un qui a la prétention d’être et de rester « un bon médecin »…

 

Alors, pour le moment,  je fais ce qu’on attend de moi…J’essaye de faire taire les symptômes…

J’exerce comme je peux cette profession qui est paradoxalement aussi décriée que sollicitée… Nous sommes tour à tour loués ou fustigés, selon que le patient est content ou non de l’attitude de son médecin lors de sa dernière consultation… Adulés par les uns, récusés par les autres… et parfois par les mêmes!…

J’essaye d’y ajouter une touche d’humanité, en me disant que cela suffira peut-être à compenser les carences théoriques et techniques…

 

Pour l’instant, cela me permet de vivre dans une illusion d’équilibre suffisamment sécurisant…

Jusque quand?

 

L’avenir me le dira…

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2 réflexions au sujet de « Etre ou ne pas être… »

  1. Très juste réflexion. Qui me touche en tant que patiente qui (ne va jamais chez le médecin) cherche justement des médecins qui ne font pas que soigner les symptômes.
    En voyant ma belle-famille, je comprends bien ce que vous dites sur les gens qui ne vont pas chez le psychothérapeute. Il « faut » consulter pour la moindre fièvre mais quand je parle de qqun qui est allé voir un psychologue « ah non, mais ces gens là, à part prendre de l’argent, ils servent à rien ». Dans ces cas je me tais, je ferme mes oreilles intérieures, sinon je m’énerverais trop. Pour eux, les médicaments, c’est la solution à tout, mais la parole, ça ne sert à rien, ou à pas grand chose…
    Peut-être trouverez-vous des pistes pour allier les 2, pour faire le lien entre les symptômes du corps et les choses d’ordre psycho? Ce qu’on appelle couramment « psycho-somatiser »…
    Merci de nous faire part de ces réflexions si pertinentes sur ce blog.

  2. Très bon billet,

    Il me semble qu’il faut continuer à chercher, à réfléchir…
    Des philosophes ont tenté de penser le statut des motifs de consultation en médecine qui ne relèvent pas nécessairement de la psychiatrie, mais qui disent l’épreuve de vivre dans des symptômes corporels, par exemple Viktor von Weizsäcker (Pathosophie)…
    Il existe un parcours de philo pour les soignants à Paris, (deux jours par mois) : http://www.univ-mlv.fr/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&file=fileadmin/fichiers/UPEMLV/Formations/brochure/310/310-ethique-medicale-et-hospitaliere.pdf&t=1346487983&hash=4cf85aea21455fe94c04617d54d3fa92
    C’est vraiment super bien fait, avec une revue en ligne et les mémoires des étudiants qui ont des questions comme les vôtres : http://eep.univ-mlv.fr/revue-ethique/memoires/
    SisterAnne

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