Flash-back

En ce moment, la formation des médecins est à l’honneur sur les blogs médicaux, ça ne vous aura sans doute pas échappé…

J’ai eu envie d’ajouter ma petite pierre à l’édifice…

Je vous propose donc un flash-back sur mes études à moi, qui commencèrent à la fin du siècle dernier !…

1ère année : la sélection qui s’effectue sur une capacité à travailler comme un débile, à négliger toute vie sociale, à accepter de n’être qu’un anonyme au milieu d’un amphi bondé… (nous partîmes 1080, nous ne fûmes que 138 élus)

2e année, 3e année : apprentissage des matières fondamentales, enseignement en amphi.

En 4e année, début de l’apprentissage de la pathologie, par modules correspondant aux différentes spécialités (cardio, rhumato, cancéro, etc…)

En tant qu’externe, j’ai fait si mes souvenirs sont bons 3 stages de 4 mois en 4e, 5e et 6e années, soit 9 stages exclusivement hospitaliers, exclusivement au CHU.

De mémoire, je suis passée en médecine interne (j’étais contente, parce que dans mon idée c’était « la médecine générale hospitalière »… Mais en fait non !), en chirurgie cancérologique, en pédiatrie, en stage « composite » (2 mois en gynéco-obstétrique, 2 mois aux urgences), en rhumato (persuadée que j’y apprendrais des trucs utiles pour la médecine G, manier les anti-inflammatoires, prescrire des radios à bon escient, infiltrer… Ça aurait été utile, mais en fait non…), chirurgie cardiaque, et il m’en manque 3 mais franchement je ne me souviens plus, c’est dire si ça m’a marqué et si ça a eu de l’importance dans ma formation.

De tous ces stages, de toute façon, je ne retiens comme objectifs acquis que le rangements des dossiers, pousser le chariot lors de la visite, prendre les RDV en fin de visite, remplir les bons d’examens et faire des courriers pour adresser les malades en consultations…

Je force à peine le trait… Certes, j’ai dû apprendre des choses, sur l’examen clinique, sur les spécialités de chaque service… Mais sincèrement, rien à voir avec une formation de médecin généraliste…

Les stages se passaient le matin… L’après-midi on avait des cours, et le soir on avait « sémiologie ». On retournait à l’hosto, dans divers services, pour apprendre les signes cliniques des maladies sur des vrais malades. Dit comme ça, ça a l’air drôlement bien, sauf que non, en fait… Parce que souvent on ne voyait pas de malades, on nous lisait le polycopié et puis basta, débrouille-toi avec ça… Parfois on voyait des malades, mais dans quelles conditions… Je pourrais en faire des dizaines de billets, mais d’autres en ont déjà parlé souvent …

A la fin de la 6e année, de mon temps, il y avait le concours de l’Internat. A l’époque, on pouvait choisir de ne pas le passer si on savait déjà qu’on voulait être médecin généraliste (ce qui fut mon cas). Ceux qui voulaient embrasser une spécialité passaient le concours, et pouvaient choisir selon leur classement une spécialité et une ville où l’apprendre. Ceux qui n’obtenaient pas une affectation qui leur convenaient pouvaient le repasser une 2e fois, je crois. Et puis si ça ne marchait toujours pas selon leurs vœux, ils devenaient médecins généralistes par dépit.

Ensuite commençait le résidanat pour les futurs médecins généralistes, et l’internat pour les futurs spécialistes. Nous enchainions un certain nombre de stages de 6 mois, plus ou moins en fonction de la spécialité choisie. En médecine générale, nous devions valider 5 semestres, dont 1 au CHU et 1 « chez le praticien » c’est-à-dire en cabinet de médecine générale libéral.

J’ai commencé en neurologie, puis chez le praticien. Je n’ai pas validé ce stage, car j’étais enceinte et j’ai été arrêtée vers 4 mois de grossesse. J’ai d’ailleurs perdu de ce fait mon classement, et j’ai dû choisir tous mes autres stages après toute ma promo. Après mon congé maternité, j’ai repris pour 5 semaines « en surnombre » dans un service de diabéto. Mon 2e « vrai » semestre je l’ai passé en gériatrie, et j’ai enchainé par un nouveau stage chez le praticien (qui se déroulait en binôme, d’ailleurs, je devais faire 3 mois chez un médecin, et 3 mois chez un autre). Au final, j’ai fait 3 mois chez l’un et 1 mois chez le suivant, parce que j’étais (encore) enceinte, et j’ai fait juste ce qu’il fallait pour valider le stage, à savoir 4 mois pleins. Il faut dire que j’ai assuré : mon terme tombait pile sur le 1er mai, date de changement de stage ! J’ai donc travaillé jusque 7 mois de grossesse, et enchainé sur un autre stage quand mon bébé a eu 2 mois (j’ai écourté mon congé maternité pour ne pas perdre à nouveau le bénéfice de mon classement, vu que je choisissais en premier, ma promo ayant fini son résidanat… Si j’avais invalidé mon stage, j’aurais choisi après toute la promo suivante, et je risquais de me retrouver à perpète-les-oies, avec le risque de devoir dormir sur place, alors que j’avais 2 enfants en bas-âge de seulement 17 mois d’écart) Bref, j’ai validé mon stage obligatoire au CHU en passant 4 mois en réadaptation cardiaque, mon choix ayant été motivé par le fait qu’il n’y avait pas de gardes, et que c’était une planque royale. J’ai achevé mon cursus en pédiatrie, en hiver, stage le plus flippant, le plus fatiguant, mais le plus formateur de mon résidanat.

Après mes études, j’ai remplacé pendant un peu plus de 5 ans, et je suis installée depuis maintenant 4 ans.

Au cours de ces années, j’ai maintes fois pesté contre ce système de formation essentiellement hospitalier, et sur les cours dispensés par d’éminents professeurs spécialistes d’organes… Pendant mes études, je sentais confusément que tout ce que j’apprenais ne me préparait pas au métier que je voulais exercer. Quand j’ai commencé à remplacer, j’en ai eu la confirmation…

Et encore, j’ai été privilégiée du fait de mes stages invalidés : j’ai pu apprendre aux côtés de 3 praticiens différents. Nombre de mes confrères n’ont eu qu’une seule vision de la médecine générale au travers de leur stage chez un unique praticien.

Et puis j’ai fait ce stage en pédiatrie absolument indispensable. Nombre de mes confrères n’y sont pas passé. Ou alors dans un service ultra-spécialisé loin des réalités d’un cabinet de ville. Faire un stage au CHU était obligatoire, mais pas le stage en pédiatrie … Cherchez l’erreur…

Et des erreurs, dans notre formation, il n’y a pas besoin de se forcer pour en trouver un paquet…

Nous faire (soi-disant) apprendre notre métier en nous faisant passer 6 mois dans des services hospitaliers spécialisés… Comme si la médecine générale n’était que la juxtaposition des différentes spécialités d’organes… mais on ne les apprendrait alors même pas toutes…

Vous me direz, on pourrait imaginer que l’interne de médecine générale ait un statut à part dans les services qui l’accueillent. Il y a bien des assistants médecins généralistes dans certains services de périphérie dont le rôle est de régler les problèmes qui ne dépendent pas purement de la spécialité du service. Mais non, même pas, il fait la même chose que ses co-internes de spécialité…

Bref.

Moi, dans mon extrême naïveté, ce que j’aurais aimé, ça aurait été d’avoir un socle de connaissance commune (c’est à la mode, non ?) concernant anatomie, physiologie, même des matières moins directement en lien avec la médecine clinique type biochimie, biologie cellulaire, physique, chimie… (certes, la formule chimique des acides aminés ne m’est d’aucune utilité aujourd’hui, et je me demande si cela méritait tant d’effort pour les mémoriser… mais je suis prête à accepter qu’il faut faire des efforts !) Et puis la pharmacologie, aussi, tiens, ça peut être utile… Et sûrement d’autres matières que j’ai oublié avoir étudié (Alzheimer me guette !) Histoire d’avoir une solide connaissance du fonctionnement du corps humain.

Pendant cette période, on pourrait imaginer que les étudiants passent dans toutes les spécialités, à l’hôpital mais aussi en ville, y compris en médecine générale, anathomo-pathologie, radiologie, médecine du travail, biologie, et j’en passe… pour des périodes courtes d’observation (quelques semaines tout au plus), histoire de voir en vrai toute la diversité du métier de médecin. Et au terme de ces premières années, on choisirait tout de suite sa voie.

Avec peut-être la possibilité de choisir je ne sais pas, 2 ou 3 stages ? plus longs et approfondis, histoire de mieux cerner les choses, et se décider en cas d’hésitation…

Ensuite on s’engage dans une voie, et on y reçoit un enseignement ciblé, concis, adapté…

Comment apprendre leur métiers aux futurs spécialistes, je n’en ai aucune idée.

Mais aux médecins généralistes, je pense qu’il faudrait leur apprendre la pathologie telle qu’ils vont être amenés à la rencontrer. Ce qui est loin d’être le cas. Les actes que j’accomplis chaque jour, ce n’est pas à la fac ni à l’hôpital que je les ai appris… C’est sur le tas, et au cours de FMC (formation médicale continue) avec mes pairs.

Je me souviens de la 1ère fois où j’’ai été réquisitionnée par la gendarmerie pour une garde à vue… J’ignorais que ça pouvait arriver, j’ignorais ce qu’on attendait de moi…

Les mieux placés pour apprendre la médecine générale aux futurs médecins généralistes, ce sont des généralistes enseignants, des professeurs de médecine générale (parce que je ne voudrais pas balancer, mais les praticiens qui étaient censés me former ne brillaient pas par leur pédagogie ni par la rigueur de leur pratique, il faut quand même l’avouer)

Ce semble tellement évident qu’on se demande juste pourquoi ce n’est pas encore le cas !

Après, je verrais bien une maquette avec un passage aux urgences adultes et pédiatriques obligatoires, quand même… Et sinon des stages uniquement en médecine générale, pour apprendre les spécificités de cette approche des soins primaires.

Apprendre à faire des diagnostics, mais aussi apprendre que la plupart du temps on n’en fait pas (c’est déstabilisant, au début, tant qu’on n’a pas compris que c’est juste normal…) Apprendre à naviguer dans le médico-administrativo-social… Apprendre tous les à-côtés de l’exercice libéral, le fait de gérer une petite entreprise, d’être un patron, de tenir une comptabilité… Apprendre à déléguer, si on peut… Apprendre à gérer l’humain, la relation… Rhaa, oui, des formations en relation d’aide, à l’écoute active, pour tous les généralistes…

Bon, allez, j’arrête de rêver…

Tout cela est sans doute irréalisable…

Ou pas ?

Je n’ai pas les compétences pour refonder l’enseignement de la médecine en général, et de la médecine générale en particulier…

Mais j’ai quand même envie de faire entendre ma voix…

Pour qu’on ne se retrouve pas #PrivésDeMG parce que personne n’aurait osé dire tout haut ce que nous sommes si nombreux à penser tout bas…

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7 réflexions au sujet de « Flash-back »

  1. Ping : Fugue. | Juste après dresseuse d'ours

  2. Ping : [QCM] #PrivésDeMG c’est : (A)2 jours avant la veille du surlendemain d’après-demain? (B)Des lustres que ça nous pend au nez? (C)Les deux? | 1 bouffée matin et soir

  3. Ping : #PrivésDeMG _ L’installation | Kalindéa

  4. Ping : Tu es vraiment suuuuuure? | Journal de bord d'une jeune médecin généraliste de Seine-Saint-Denis

  5. La maquette de formation s’est bien améliorée: stage gynéco ou pédia obligatoire (l’idéal étant de pouvoir faire les 2!), stage urgences obligatoire, et au moins un stage praticien, voire un SASPAS. Reste les stages hospitaliers qui n’ont que peu d’intérêt (hors la gériatrie qui est la médecine générale de la personne âgée). Il faudrait Vraiment qu’on change la façon de voir les MG, surtout! on n’est ni le larbin des autres spécialistes (le MG vous fera le bon de transport / l’arrêt de travail / l’ordonnance (au choix)). Comme tu le dis bien, la principale particularité de la médecine générale n’est pas la juxtaposition de spécialités mais l’intrication de celles-ci et la prise en charge de la personne dans son ensemble, ce qui est le plus important!

  6. Ping : Installation en médecine générale : sous réserve. | 1 bouffée matin et soir

  7. Ping : 2 ans et 1 mois | Journal de bord d'une jeune médecin généraliste de Seine-Saint-Denis

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