#PrivésDeMG _ L’installation

J’ai parlé il y a quelques jours de mes études, je voudrais revenir aujourd’hui sur mon installation…

J’en ai déjà parlé ici, d’ailleurs, souvenez-vous ;)

Au début de mon installation, il y a 4 ans, j’ai vraiment galéré… Je me suis endettée pour verser à mon associé une coquette somme à 5 chiffres. Je ne gagnais pas ce que le gouvernement propose dans son « contrat de praticien territorial »…

Je vous recommande à ce sujet la lecture des billets du Dr Selmer « Gigolo territorial » et de Docmam « Enfin privés de désert ? », je me suis vraiment reconnue dans leurs mots… Beaucoup d’autres ont écrit sur le sujet ces derniers jours, chacun avec leur sensibilité propre, plongez-vous dans les blogs médicaux, vous en avez pour le WE ! Yem essaye de les lister à la fin de son billet « Installation en médecine générale: sous réserve« , ainsi que Docteur Milie à la fin du billet « Tu est suuuure?« 

Pour en revenir à mon installation, pour m’en sortir, et bien j’ai fait des gardes de WE, j’ai serré les dents (et la ceinture de toute la famille), négocié un découvert avec mon banquier… Ce n’était pas facile (du tout, vraiment) mais je n’étais pas trop inquiète quand même : en deux ans, ma patientèle se serait développée, et ces soucis seraient de l’histoire ancienne, il ne pouvait pas en être autrement. Et pourtant je ne suis pas installée dans un désert, loin de là. Nous sommes 9 médecins généralistes dans ma ville, qui compte 5 000 habitants, dans un canton dont la population est entre 18 et 19 000 habitants.

J’en ai voulu à mon associé (et je lui en veux encore, d’ailleurs, soit dit en passant) de ne pas jouer le jeu du transfert de patients, mais je n’attendais aucune aide de la part de l’Etat… Ça me semble aberrant cette culture de l’assistanat !

Ce qui m’inquiétait vraiment, par contre, c’était de ne pas réussir à faire face à la demande de soin croissante. Etre pétée de thune n’a jamais été un but en soi pour moi… Et devoir faire de l’abattage, ne pas pouvoir consacrer le temps nécessaire à chaque patient pour faire une médecine de qualité, ne pas réussir à concilier ma vie de famille et ma vie professionnelle…. Voilà mes vraies inquiétudes…

Cette année, j’ai décidé de déléguer la tenue de ma comptabilité à un expert-comptable. Et les déclarations sociales au CFML (Centre de Formalité des Médecins Libéraux). C’est un investissement. Je ne pouvais pas me le permette avant. Mais quel soulagement d’être dégagée de ces tâches administratives chronophages… Ce n’est pas du temps dégagé pour les patients, ce sont des soirées et des WE de tranquillité à partager avec ma famille. Et c’est précieux.

Les nouveaux patients qui me demandent d’être leur médecin traitant aujourd’hui viennent me voir avec ces mots : « On m’a dit que vous au moins vous écoutez les gens », « Mon médecin, il a déjà la main sur la poignée de la porte après 5 minutes de consultations alors que j’ai attendu 3 heures dans la salle d’attente », « Pour avoir un RDV, je dois attendre 3 semaines »… Je leur dis toujours que pour le moment, j’arrive à prendre plus de temps et à donner des RDV sans trop de délai, mais que je ne sais pas comment je ferais dans quelques mois quand les épidémies auront commencé, ni dans quelques années quand je serai moi aussi débordée par une demande en constante progression… Ils en acceptent le principe… Ils ne se rendent pas compte que nous allons TOUS être broyés par le système de santé actuel, si rien n’est fait dans les hautes sphères pour enrayer ce processus destructeur…

L’an dernier, l’espoir était permis : Madame Touraine, notre ministre, recevait le groupe de 24 médecins blogueurs qui avaient réussi à faire entendre leur voix en faisant le buzz sur Twitter.

Un an après, rien n’a bougé, et la colère gronde…

Le mouvement prend de l’ampleur.

Les revendications se précisent.

Pour ma part, je veux redire ici aujourd’hui, comme tant d’autres, que la solution n’est pas « plus d’argent ».

Enfin, pour ce qui est de l’argent, on en veut quand même, hein, faut pas déconner ! Faire des études longues et occuper un poste à responsabilité doit permettre d’accéder à un bon niveau de vie, ça me semble normal. Mais nous voulons de l’argent gagné en faisant notre travail dans de bonnes conditions, pas des aides de l’état

Et pour ça, il y aurait des solutions…

Si seulement les décideurs pouvaient prendre en considération les voix qui s’élèvent…

La souveraineté du peuple?

J’ai envie d’y croire…

Mais je demande à voir…

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3 réflexions au sujet de « #PrivésDeMG _ L’installation »

  1. Ping : Tu es vraiment suuuuuure? | Journal de bord d'une jeune médecin généraliste de Seine-Saint-Denis

  2. Ping : [QCM] #PrivésDeMG c’est : (A)2 jours avant la veille du surlendemain d’après-demain? (B)Des lustres que ça nous pend au nez? (C)Les deux? | 1 bouffée matin et soir

  3. Ping : Installation en médecine générale : sous réserve. | 1 bouffée matin et soir

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