Cher confrère

Hier soir, en sortant de chez l’acupuncteur, je me suis attardée devant la plaque d’un cabinet de médecine générale. De ville.

Parce qu’il y avait de la lumière.

Pour voir comment les autres organisent leur activité.

Et j’y ai lu avec stupéfaction:

« Consultations libres: 7h30-12h30 / 16h-21h »

o_O  (bon, a priori, il ne consulte pas le mercredi, mais quand même…)

Ça m’a fait l’effet d’un uppercut…

Outch…

A l’heure où j’essaye de me persuader que mes choix d’exercice sont légitimes (les RDV plutôt que la consultation libre, le dernier RDV à 18h30, touça touça), où je résiste tant bien que mal à la demande pressante des patients de rajouter 1 puis 2 puis 3, puis encore plus de créneaux de RDV en fin de journée « pour les gens qui travaillent tard », où je prends moi-même des RDV à 19h chez l’acupuncteur sus-cité parce que ça m’arrange bien qu’il consulte tard…

Ça m’a ébranlée de voir le rythme que certains s’imposent…

Est-ce cela qu’on attend de nous??

Bon, quoi qu’il en soit, heureusement que chacun travaille comme il l’entend, cela permet aux patients de choisir leur médecin selon ces critères là aussi… Mais je me demande sincèrement comment on peut vivre à ce rythme-là… Certes, c’est rendre un service aux gens, se rendre disponible…

Mais non, quoi, non, vraiment…

Cher confrère, je pense bien à vous, et j’espère que vous tenez le coup… Sincèrement.

 

 

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Le blues d’une jeune médecin généraliste

« Docteur, vous n’auriez pas quelque chose… »

Combien de fois par jour entendons-nous des phrases qui commencent par ces mots ?

Quelque chose pour…

–          Maigrir

–          Faire passer cette toux

–          Que ma grossesse ne soit plus gâchée par ces nausées

–          Que mon bébé fasse ses nuits

–          Que mon enfant soit plus calme

–          Que je puisse… aller travailler demain (j’ai une réunion, je ne peux pas me permettre d’être malade) …partir en WE vendredi (depuis le temps que je l’attends, je ne peux pas me permette de ne pas en profiter)

Quelque chose contre…

–          La fatigue

–          Les angoisses

–          Les insomnies

–          Les douleurs

–          Les boutons

–          Ce symptôme dont je souffre depuis 15 ans et pour lequel « on » a déjà tout essayé en vain

Quand c’est demandé comme ça vite fait en fin de consult, j’écoute, je prends quelques secondes de réflexion, et je réponds le plus souvent quelque chose comme « Je regrette mais malheureusement, je crains de ne pas avoir de remède miracle pour ce problème précis » et je ne montre pas à quel point ça m’énerve que quelqu’un puisse sérieusement imaginer que j’aie « un truc » pour ou contre ceci ou cela…

Quand c’est un motif de consultation à part entière, c’est plus problématique…

« Docteur ce n’est pas normal, je ne mange rien et je grossis, il doit forcément y avoir un problème, ça doit être hormonal… »

« Docteur, ce n’est pas normal, je suis fatiguée, épuisée, lessivée… Je me traine, je m’écouterais je ne ferais que dormir, je tombe de sommeil à 20h devant la télé, je me lève à 7h le lendemain, et je ne suis jamais reposée… »

« Docteur, ce n’est pas normal, je suis tout le temps malade, si je n’ai pas le nez qui coule je tousse, je suis bien 2 jours et j’enchaine sur une gastro, je n’en sors pas, je dois avoir une baisse de l’immunité… »

« Docteur, ce n’est pas normal, j’ai tout le temps mal au dos/au coude/aux épaules, alors que je fais juste mon ménage/un peu de bois/du jardinage… J’ai sûrement quelque chose de coincé/déplacé… »

Ces situations débouchent le plus souvent sur des demandes de biologie « complète », ou de radios « pour voir ce qui se passe ».

Souvent, je me demande comment nous en sommes arrivés là… Je doute que la génération de mes grands-parents (nés dans les années 1925) ait jamais consulté un médecin pour ce genre de motif… Ni pour la goutte au nez d’ailleurs… Je pense qu’à l’époque, on se mouchait (dans sa manche) et on continuait d’aller à l’école à vélo en jupe-chaussettes par moins 2°… Je ne dis pas que c’était mieux, hein, entendons-nous bien… Mais je me dis souvent que de nos jours, les parents devraient quand-même savoir gérer le rhume, la fièvre pendant quelques jours, le mal de ventre banal, et tous les petits symptômes qui émaillent le quotidien sans avoir à en référer au médecin dans la journée « pour être sûr(e) »… Mais je m’égare…

« Docteur, ce n’est pas normal… »

Mmmmmm, la normalité… C’est très surfait, sachez-le!…

Ceci dit, en temps « normal », j’essaye de répondre à ces plaintes (terme choisi sans connotation péjorative aucune, il me semble « normal » que les patients aient des plaintes, ils viennent rarement quand tout va bien…) ou tout au moins de les entendre.

Je le fais avec plus ou moins de disponibilité selon qu’elles se présentent en début ou en fin de consultation, et selon l’importance de mon retard. Genre la 3e consultation du jour alors que j’accuse déjà 30 minutes de retard, je ne suis pas over disponible… Et lorsqu’elles sont noyées dans un flot continu de viroses diverses et variées, que j’entends le téléphone qui continue de sonner alors que mon planning déborde déjà, que je suis préoccupée par ce questionnement récurrent : « mais où vais-je tous les caser ?? », j’avoue que je ne suis pas du tout au top de l’empathie…

Je me demande parfois ce qui se passerait si je disais à voix haute les mots qui me viennent spontanément à l’esprit, sans les passer par le filtre de la bienséance…

Aux gens fatigués qui dorment tout le temps, j’ai envie de dire qu’ils ont bien de la chance de pouvoir s’offrir ce luxe… Que ça fait 12 ans que j’ai fait une croix sur des nuits non morcelées et qui dureraient plus de 6 heures… Que s’ils se donnaient la peine de regarder un peu ma tronche, ils y repenseraient à 2 fois avant de se plaindre (terme choisi cette fois avec une connotation très péjorative et méprisante) d’être fatigués.

Aux gens angoissés, j’ai envie de dire que ça m’a pris 5 bonnes années de « sophro-thérapie » pour réussir à vivre avec les miennes, d’angoisses, en les ramenant à un niveau juste suffisamment tolérable pour faire face au quotidien sans bouffer plein de cachets…

Aux gens qui veulent maigrir, j’ai envie de dire que je n’ai vraiment aucune idée de la manière dont ils pourraient s’y prendre pour perdre du poids, parce que l’alimentation, le poids, touça touça, c’est plus une question d’émotions que de calories à mon humble avis. Ayant une amie qui souffre d’obésité, je sais le mal que peuvent faire les régimes de tous bords, donc non aux régimes, mais quoi d’autre, ben je n’en sais fichtre rien…

Aux gens qui n’arrivent pas à dormir, j’ai envie de dire que je suis moi-même embourbée jusqu’au cou dans le douloureux problème de l’endormissement avec mon ainée, âgée de 11 ans… Répéter encore et encore qu’il faudrait lâcher prise, laisser venir le sommeil tranquillement, ne pas se braquer quand ça ne marche pas, ne pas s’énerver parce qu’on ne dort pas, parce qu’on va être fatigué le lendemain, parce qu’on va être la seule à ne pas dormir dans une maison sombre et silencieuse… Et constater chaque soir que pisser dans un violon serait sans doute plus productif… J’ai envie de leur dire que je dois lutter chaque soir pour ne pas lui filer du toplexil ou de l’atarax, voire des granules qui lui laisseraient croire que sans médicament, point de salut… Je résiste à la facilité pour que dans 10 ans ce ne soit pas elle, de l’autre côté du bureau, qui vienne quémander un somnifère et un anxiolytique à un médecin qui aura plus vite fait de lui rédiger son ordonnance que de lui redire ce que sa mère a échoué à lui faire comprendre 10 ans plus tôt…

A tous j’ai envie de dire qu’il faut arrêter de croire que le médecin fait des miracles. Moi en tout cas je ne sais pas faire. Sinon, ça se saurait, et je serais riche, et je ne serais pas là avec eux à 20h passées au lieu d’être avec mes enfants…

Heureusement, j’ai encore assez de recul pour faire la part des choses, pour ne pas laisser mon vécu parasiter la consultation (car objectivement, tout le monde ne peut sans doute pas venir à bout de ses angoisses avec un peu de sophro…) Je sais que mon expérience très personnelle ne peut pas être transposée dans la vie de ce patient-là… Et que de lui balancer ma life ne résoudra pas son problème.

Juste que quand la première phrase qui me vient en tête quand on me dit : « j’ai le nez qui coule/ Je tousse/ Je ne dors pas/ Je fais des crises d’angoisse/ J’ai mal au dos et ça ne passe pas avec le Voltarène® » c’est « Et alors, qu’est-ce que tu veux que j’y fasse BORDAYL »… je me dis que je dois avoir un problème…

Je ne devrais sans doute pas être derrière ce bureau…

Et qu’est-ce que j’aimerais ne pas y être, d’ailleurs, derrière ce foutu bureau, à l’heure où les mamans m’amènent leur enfant qui «a eu mal au ventre cet après-midi à l’école mais bon là ça à l’air d’aller mieux, mais quand même je vous l’amène pour être sûre », cette heure où moi je ne peux pas être avec les miens, d’enfants, sachant que quand je rentrerais toutes seront déjà endormies… sauf celle qu’il faudra essayer de rassurer, de calmer, de consoler parce qu’elle n’y arrive pas, à dormir… alors que moi j’en aurais grand besoin, de dormir…

Mais n’est-il pas indécent de se sentir surmenée/dépassée/débordée quand on voit entre 20 et 25 patients par jour seulement?? Alors que de nombreux confrères en voient quotidiennement le double depuis des (dizaines d’) années (eux peuvent décemment prétendre au burn-out) Evidemment, mes 20-25 patients/jour, je les vois sur des « demi-journées » (je consulte par exemple de 14h à 19-20-21h selon le cas) donc ça fait quand même de grosses demi-journées… Mais je ne devrais pas me plaindre car j’ai 3 matinées sans consultations (visites, paperasses, repassage, formalités administratives, courriers, coups de téléphone…), je suis là 2 après-midi par semaine (RDV dentiste, ophtalmo, ORL, podologue, micro-kiné, activités des enfants…), et je mange le midi 3 jours par semaine avec les ¾ de mes enfants… Et, cherry on the cake, je gagne suffisamment bien ma vie pour que mon mari soit père au foyer, donc je suis déchargée de quasiment toutes les tâches ménagères et logistiques…

Je me sens vraiment petite nature à côté de « ceux qui bossent vraiment » comme dit mon associé… Et de celles qui assument un voire deux jobs ainsi que toute la responsabilité de la maison et des enfants…

Simplement, je crois que cela confirme mon sentiment de ne pas être à ma place dans ce métier tel qu’il doit être exercé aujourd’hui… Je ne sais pas comment font les autres, mais moi, clairement, je ne veux pas continuer à vivre comme cela…

Ce métier me vide petit à petit de mon énergie, de mon enthousiasme, de ma force vive. Ce métier m’isole et m’aliène. Ce métier que je croyais si beau… J’en découvre chaque jour le côté sombre, et je refuse de me perdre pour lui.

Manipulation

Le samedi matin, c’est consultations libres. Ce matin-là, en allant chercher le patient suivant, un homme debout dans la salle d’attente m’interpelle: « Docteur, je peux juste vous parler? » Euh, oui, bien sûr…

Je le reçoit dans le hall, il est accompagné de son fils de 16 ans.

« Mon fils fait des courses à pieds le WE, pour différentes occasions, il en a déjà fait 3 ces derniers mois et à chaque fois ils veulent un papier du médecin… Je viens voir si vous pouvez me le signer sans passer en consultation. »

Et bien, comment vous dire… Non.

« Punaise c’est pas possible, il a déjà fait plusieurs courses ces derniers mois, il fait une compétition de jujitsu cet après-midi, il est apte pour le sport, c’est clair, alors pourquoi me redemander de passer chez le médecin à chaque fois?? »

Et bien cher Monsieur, ce n’est pas moi qui fixe les règles, donc si on vous demande un certificat médical, je peux vous en faire un, mais ce sera en consultation. Si j’avais déjà examiné votre fils et rédigé ces précédents certificats, il est évident que je n’aurais pas eu besoin de le voir… D’ailleurs, je me demande pourquoi vous n’avez pas passé un coup de téléphone au médecin qui l’a vu les autres fois, il aurait peut-être eu la même attitude…

« C’est ce que j’ai fait, mais c’était une remplaçante, et elle voulait aussi le voir en consultation. Donc je suis venu ici en pensant que vous, vous pourriez me faire le papier comme ça. »

Et bien non… Donc soit vous voulez que JE fasse ce (putain de) certificat (à la con) et on passe dans mon bureau (et même je fermerai les yeux sur le fait que vous avez grillé la place de 2 autres patients), soit vous ne voulez pas auquel cas je ne vous retiens pas…

Contre toute attente, il accepte la consultation, et nous voilà dans mon bureau. Là, il recommence son laïus, comme quoi « c’est pas normal, etc etc… » Je répète que ce n’est pas moi qui fixe les règles, mais que j’essaye de les respecter, aussi stupides soient-elles, soit dit en passant.

Il semble accepter le principe, et change de sujet:

« Je suis venu vous voir une fois, quand votre collègue n’était pas là…

– Ah oui? c’est possible…

– Oui oui, je me souviens très bien de vous… J’avais des douleurs dans la poitrine, vous m’aviez dit que c’étaient des douleurs intercostales… Et ben en fait, c’était un cancer. »

Un ange passe… J’espère qu’il ne me voit pas blêmir, je ressens cette oppression thoracique si particulière, celle de la culpabilité, du « et merde j’ai fait une erreur médicale »… Cependant, l’homme n’en est pas moins désagréable, donc je ne me démonte pas (extérieurement) et lui répond d’un ton que j’espère adapté: surprise, concernée, « professionnelle »…

« Ah bon? En effet, ça n’a rien à voir avec des douleurs intercostales… Comment le diagnostic a-t-il été posé?

– Je suis retourné voir votre collègue, lui il m’a fait passer des examens, et c’est comme ça qu’il a trouvé ce que j’avais… »

J’ai (essayé de ne pas) bredouillé(r) quelque chose d’adapté…

De son côté, il reprend sur le thème « vous abusez de me demander une consultation pour le certificat de mon fils ».

« Ça commence à bien faire, ces histoires de certificats avant CHAQUE course. Parce que franchement, vous le voyez bien qu’il est en forme, et tout façon c’est pas en lui prenant la tension que vous allez trouver quelque chose qui l’empêcherait de faire du sport » (il n’a pas dit « vous n’avez même pas vu que j’avais un cancer », mais il l’a pensé suffisamment fort pour que je l’entende)

« On est juste comme des citrons qu’on presse de tous les côtés, c’est toujours les mêmes qui payent, et après on s’étonne du trou de la sécu, etc etc »

J’avoue qu’à ce stade de la consultation, j’étais (complètement) un peu déstabilisée, je me demandais où j’avais merdé, j’étais plutôt d’accord avec lui sur le fait que s’il pouvait faire du jujitsu cet après-midi, et s’il avait pu faire une course la semaine dernière, il n’y avait aucune raison pour qu’il ne puisse pas en faire une demain…

Mais merde, quoi… Pourquoi je devrais travailler gratuitement, même si en l’occurrence j’estime que faire ce genre de certifalacon n’est pas « mon travail » tel que je l’entends…

« Et puis je n’ai pas sa carte de sécu, vous pourriez passer la mienne?

– Non, je ne peux pas passer votre carte si ce n’est pas vous que j’ai examiné.

– Oui enfin bon, vous POUVEZ la passer, c’est juste que vous ne VOULEZ pas.

– Effectivement, mais je vais vous faire une feuille de soins, ça ne pose pas de problème…

– Ben si, ça pose un problème, je ne serai pas remboursé, vu que les feuilles, on oublie toujours de les renvoyer, tellement on est habitué avec la carte maintenant… Donc la sécu elle va se faire du fric sur notre dos, encore, alors que nous on cotise, etc etc »

Je commence à rédiger stoïquement la feuille de soins…

« En plus, comme vous n’êtes pas son médecin traitant, je ne serais même pas remboursé complètement, c’est bien ça? »

Je pense que d’autres que moi l’auraient déjà remis à sa place, mais ça je ne sais pas faire… J’ai donc coché « médecin traitant de substitution », et lui ai proposé d’attendre un peu pour encaisser son chèque…

« Non, c’est pas la peine, c’est pas l’argent le problème… » a-t-il conclu.

Ah bon?? Et c’est quoi, alors, le problème??

Je ne lui ai évidemment pas posé la question, je ne veux même pas connaitre sa réponse!… Mais cette consultation m’a laissée abasourdie, et j’ai eu du mal à me concentrer sur la patiente suivante je l’avoue…

Entre temps, j’ai quand même consulté son dossier histoire de voir comment s’était passé le diagnostic de son cancer… J’ai constaté qu’il n’a reconsulté qu’un an après m’avoir vue, avec un amaigrissement de 3 kg et une adénopathie sous-angulo-maxillaire… Forcément, c’est autre chose que des douleurs thoraciques atypiques… Et en regardant ce que j’ai écrit dans le dossier à l’époque, je lui avais proposé de passer une radio, proposition qu’il avait déclinée « car il avait peur qu’on lui trouve un  cancer du poumon ». Il envisageait plutôt de passer un examen de médecine préventive à la CPAM…

Cette consultation me laisse un gout amer…

Même si finalement je pense « ne rien avoir à me reprocher » concernant ma prise en charge initiale, cet épisode contribue à entamer encore un peu ma confiance en moi… Même si je sais qu’il n’y a pas de raison…

C’est plus fort que moi…

 

** Si vous vous sentez personnellement concerné par ce billet, ayant l’impression de vous y reconnaitre ou d’y reconnaitre un de vos proches, n’hésitez pas à m’en informer afin d’y remédier.

Pourquoi, mais pourquoi??

Appel hier soir vers 17h45…

Fièvre chez un enfant de 3 ans, depuis le jour même, 13h…

Demande de RDV le soir même…

Ça aurait été à 20h, et je n’avais pas envie…

Pour une fois, j’ai réussi à temporiser, à expliquer qu’en l’absence de signes de mauvaise tolérance de la fièvre, chez un enfant de cet âge, ça pouvait très bien attendre le lendemain (voire ne pas nécessiter de consultation)

Nous prenons donc RDV pour aujourd’hui, à 17h.

Mon planning est plein pour cet aprèm… Plein de chez plein…

Je décide donc de rappeler la maman, pour éviter le classique « aujourd’hui ça va mieux, mais comme on avait rendez-vous, je suis quand même venue » qui me bloque 15 précieuses minutes qui pourraient être consacrées à autre chose d’un peu plus constructif.

Effectivement, il semble que la nuit se soit bien passée, l’enfant est à l’école, là, et ils n’ont pas appelé, c’est que ça doit aller…

OK, donc on annule le RDV?

« Arf ben non Docteur, vous comprenez, je suis précautionneuse, donc je préfère quand même que vous l’auscultiez, on ne sait jamais… Et puis j’en profiterai pour vous montrer ma gorge si ça ne vous dérange pas, j’ai mal depuis ce matin… »

V’là…

La maman était très gentille, très polie, et tout et tout… Elle veut consulter, je ne vais pas l’en empêcher non plus… Ou peut-être que je devrais? Mais si c’est le cas, je ne sais pas trop comment présenter mon refus…

Mon objectif: apprendre à dire non, posément…

« Cessez d’être gentil, soyez vrai » (*) , kidizé… Y a du boulot!

 

(*) « Cessez d’être gentil soyez vrai », de Thomas d’Ansembourg

 

Etre ou ne pas être…

à sa place

 ** Billet de mars 2011 **

 

Voilà la question que je me pose quotidiennement…

** Avertissement:  je suis d’humeur morose…

Si vous voulez de la légèreté aujourd’hui, passez votre chemin ;) **

 

Je ne suis pas fière, non, pas fière du tout, lorsque je dois indiquer ma profession…

 

La plupart des gens pensent que j’exerce un métier formidable, relationnel et humain, exigeant et gratifiant…

 

Et bien moi je n’en suis pas persuadée… Loin s’en faut…

 

J’affiche  même un certain mépris pour cette profession, trop imbue d’elle-même, empreinte de la supériorité toute paternaliste affichée par nombre de mes confrères…

 

J’écris ce billet après avoir lu celui de « Dix Lunes », que vous pouvez consulter ici.

Cette lecture replace mon mépris dans son contexte…

 

Ils savent…

Enfin, ils pensent savoir…

 

Pour ma part, je doute…

Tout le temps…

 

Je me demande si ma place est bien dans ce bureau, à faire ce travail là…

 

Mon rêve à moi, il est ailleurs

 

J’ai fait médecine car je voulais « aider les gens »…

Et plus j’avance, plus je me rends compte que la médecine n’aide pas les gens…

Elle soigne… parfois…

Elle montre ses limites… souvent…

Pour moi, les maux du corps gagneraient à être envisagés par l’autre bout de la lorgnette…

Prendre en charge les maux de l’âme pour libérer le corps… Voilà ce que je voudrais faire…

 

S’acharner à faire taire des symptômes, à coups d’antalgiques, d’antibiotiques, d’anti-dépresseurs… à quoi bon?

 

Pourtant, c’est ce que les patients semblent attendre de moi… Alors je le fais… Et je le fais comme les autres, à coups d’antalgiques, d’antibiotiques, d’anti-dépresseurs…

Mon problème, c’est ma conscience…

Une conscience trop aiguë que je me perds en procédant de la sorte…

 

Mais en même temps, ai-je le choix, dans l’état actuel des choses??

 

Je voudrais me former à la psychothérapie, et exercer en tant que telle…

Quitter la médecine et ses médicaments, pour laisser la place à  la parole qui libère…

 

Mais dans l’immédiat, je ne peux pas…

Et quand je le pourrais, saurais-je surmonter mes peurs et mes blocages pour tourner cette page-là?

 

L’une des choses qui me freinent, c’est l’idée que la plupart des gens que je rencontre aujourd’hui n’iraient pas consulter un psychothérapeute…

Ils sont dans leur symptôme, ils attendent un remède, ils vont chez le médecin…

Donc là où je me situe aujourd’hui, je peux toucher beaucoup plus de monde… Ouvrir certaines consciences… Initier un processus…

On m’a souvent dit que ma sensibilité aux maux de l’âme faisait ma richesse en tant qu’omnipraticien… (C’est un peu présomptueux, mais je crois que c’est possible….)

 

Alors suis-je plus utile derrière ma plaque de médecin généraliste?

 

Possible…

 

Mais je suis tellement consciente de mes limites, voire de mon incompétence, dans certains domaines…

Je ne mets pas mes connaissances suffisamment à jour, je n’en ai pas l’envie, pas l’énergie…

Mon énergie, j’ai envie de la mettre à profit dans le domaine du développement personnel… Mes connaissances, j’ai envie de les développer dans le domaine de la relation d’aide…

 

C’est bien beau… Mais tellement insuffisant pour un médecin, d’autant plus pour quelqu’un qui a la prétention d’être et de rester « un bon médecin »…

 

Alors, pour le moment,  je fais ce qu’on attend de moi…J’essaye de faire taire les symptômes…

J’exerce comme je peux cette profession qui est paradoxalement aussi décriée que sollicitée… Nous sommes tour à tour loués ou fustigés, selon que le patient est content ou non de l’attitude de son médecin lors de sa dernière consultation… Adulés par les uns, récusés par les autres… et parfois par les mêmes!…

J’essaye d’y ajouter une touche d’humanité, en me disant que cela suffira peut-être à compenser les carences théoriques et techniques…

 

Pour l’instant, cela me permet de vivre dans une illusion d’équilibre suffisamment sécurisant…

Jusque quand?

 

L’avenir me le dira…

Scrogneugneu

** Billet de février 2010 **
Bon, alors pour vous prouver que NOOOOOOOOOOOOOOON je ne vais pas vraiment déserter mon blog et que, forcément, je vais continuer d’y raconter ma vie, mes coups de coeurs… et mes coups de gueule, je vous offre un grand AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARGHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH
parce que j’en ai MAAAAAAAAAAARRE de lire des trucs qui me font bondir sur des forums…

Je ne réponds plus aux messages qui me saoulent parce que je n’ai pas envie que ça dégénère, je ne suis pas quelqu’un de « polémique », et puis surtout parce que je sais qu’ils sont écrits en toute bonne foi, par des gens souvent fort sympathiques au demeurant, et que si je répondais je pourrais devenir un peu sèche, voire cassante (et ternir mon image de marque huhuhuhuhuhu)

Mais punaise, ça me démange, parfois…

Tiens, encore à l’instant, j’ai commencé à taper une réponse, et puis au bout de 10 lignes, la pression retombe, et je me dis « pfffffffff, à quoi bon… »
Mais quand même, j’ai envie de me lâcher, alors je vais le faire ici (chuis chez moi-euh, j’fais c’que j’veu-euh!!)

J’espère déjà que je ne vais froisser personne, parce que finalement, on en fait toutes, des messages comme ça, moi la première (quand je peste après l’éducation nationale, notamment!) Mais moi ce qui me gonfle, en ce moment, ce sont les attaques virulentes et pas toujours totalement justifiées contre le corps médical…

Pourtant, celles qui me connaissent un peu savent que je suis loin de vouer un culte à tous mes pairs!!
Je suis bien placée pour savoir que parmi les médecins, il y a des gens pas très fréquentables, et même des gens à qui JAMAIS je ne voudrais confier ma santé ou celle des personnes que j’aime…

Mais ce que je commence à avoir du mal à supporter, c’est par exemple qu’un médecin soit jugé « incompétent » parce qu’il n’y connait rien en allaitement… Que « quand même, ils pourraient se former, ces toubibs »

Alors, c’est vrai que c’est frustrant de se rendre compte que les médecins ne sont pas omniscients… C’est déstabilisant… On perd carrément une figure paternelle, sur ce coup là…
Et vraiment c’est rageant quand des allaitements foirent pour cause de mauvais conseils… C’est vrai…

Mais punaise, quand on sait tous les sujets sur lesquels il faudrait qu’on se forme…

En fait, tous les gens/patients qui s’y connaissent bien sur un sujet précis (notamment leur pathologie chronique) en savent souvent plus, sur ce sujet là, que leur médecin traitant, il ne faut pas se leurrer…
A moins que le médecin en question soit lui-même intéressé ou confronté personnellement…

Moi par exemple, tout ce qui est traumato, pathologie du sport, douleurs en tout genre… Ben je suis « nulle »… Alors que mon collègue (qui n’y connait rien en allaitement ni en psychologie!) lui c’est son truc… Il ponctionne des genoux, fait de la mésothérapie, des manipulations vertébrales, parfois des infiltrations… C’est bien utile, en médecine générale… Peut-être plus que des compétences en allaitement, finalement…
Et il est donc loin d’être incompétent

Je crois que quand on est personnellement impliqué dans un domaine très spécifique, on ne se rend pas forcément compte que ce domaine puisse ne pas être la priorité des personne qu’on a en face de soi…
L’allaitement en est un très bel exemple… Oui, c’est important, l’allaitement… Oui, quand on est une femme qui allaite c’est même LA chose la plus importante au monde…
Mais pour un médecin qui doit tenir ses connaissances à jour, la prévention, le diagnostic, le traitement et le suivi du diabète et de ses complication, c’est souvent plus prioritaire… De même la prise en charge de l’hypertension artérielle, l’accompagnement des malades en fin de vie et de leurs familles, les gestes d’urgence, la polymédication des personnes âgées, j’en passe et des meilleures… Tous ces domaines, et tant d’autres encore, sont des sujets de séminaires, de soirées de formation, de mises au point… Et malheureusement, on ne peut pas tout faire…

Je propose chaque année depuis 3 ans à mon groupe de formation continue une soirée sur l’allaitement… Chaque année, ce sont d’autres sujets, tous aussi intéressants, d’ailleurs, qui sont choisis… Ça m’énerve, mais je les comprends: « ils ne savent pas qu’ils ne savent pas »!…

Et c’est peut-être là la différence entre un médecin ouvert et ceux que « nous » n’aimons pas: la capacité à reconnaitre ses limites, et à ne pas conseiller quand on ne sait pas…
Mais ça, c’est aussi un cercle vicieux, dans un sens…. On nous sollicite à titre professionnel pour tout et n’importe quoi… Alors on le donne, notre avis, puisqu’on nus le demande… Mais de quel droit? En quoi serait-il « parole d’évangile »…

Une autre source de grinçage de dents pour moi, c’est comme quand on reproche à un obstétricien de considérer toute grossesse comme potentiellement pathologique, et de pratiquer césariennes et épisiotomies à tour de bras… C’est vrai, c’est nul… C’est une perte de chance pour beaucoup de parturientes… Mais j’ai envie de dire… « Ben oui, mais c’est son boulot… C’est comme cela qu’il a été formé… »
L’obstétrique est une spécialité chirurgicale, ne l’oublions pas…
Ce qui est scandaleux, c’est qu’aujourd’hui la norme soit devenue le suivi par un obstétricien pour toutes les grossesses… Ça c’est odieux…
Mais je ne trouve pas anormal qu’un obstétricien agisse en chirurgien (pour qui, on le sait, les malades deviennent plus intéressants dès lors qu’ils sont endormis!)…
Et pour les femmes enceintes qui se plaignent de leur gynéco, j’ai souvent envie de leur dire: « va voir ailleurs, une sage-femme, par exemple… si tu te fais suivre par un gynéco, ne t’attends pas à autre chose… » Mais ça, ça ne passe pas toujours très bien…

Et pour le post qui m’a fait réagir… ben je crois que je vais quand même aller y mettre mon grain de sel, parce que c’est mauvais pour mon ulcère de m’énerver toute seule dans mon coin comme ça… et un ptit peu lâche aussi, finalement!