Le chemin

(Que ceux qui auront la chanson de Kyo en tête après avoir lu le titre veuillent bien me pardonner ^_^)

Ça fait longtemps que je n’ai pas donné de nouvelles par ici… Non pas que j’imagine que la blogosphère se languisse de savoir ce que je deviens ! Mais ce blog a pour moi vocation à laisser une trace (pour moi en 1er lieu) de mon parcours de « médecin généraliste qui aimerait bien faire autre chose dans la vie ». Et à lire les commentaires et témoignages extrêmement touchants que je continue de recevoir malgré mon inactivité bloguesque, je me dis que ce petit blog garde sa raison d’être, pour d’autres aussi…

Bref!

J’en étais restée, dans mon dernier billet, à ma formation en énergétique, dont la 1ère année a été riche et passionnante, tant sur le plan théorique qu’humain. J’ai appris beaucoup, fait de belles rencontres, élargi mon point de vue. Je n’y vois que du positif. Cependant, j’ai décidé de ne pas m’inscrire en 2e année. Pas tout de suite.

Pourquoi?

Parce que le but de cette formation pour moi c’était aussi d’apprendre un métier, et de pouvoir l’exercer rapidement, pour sortir d’un système de santé auquel je ne crois plus. Quand je me suis inscrite, j’avais des envies d’ailleurs, de claquer la porte de la médecine générale, de dévisser ma plaque, vite. Pour prendre un virage à 180°.

Aujourd’hui je suis plus mesurée. L’objectif est toujours le même : déplaquer. Parce que je ne vois pas mon avenir dans les conditions qui s’annoncent, avec les lois et conventions qu’on nous impose progressivement (mais j’y reviendrai peut-être dans un autre billet)

Mais aujourd’hui j’arrive à envisager une transition, en douceur, progressive…

Parce que mes conditions d’exercice actuelles sont tout de même très favorables (j’aimerais y revenir aussi dans un autre billet, d’ailleurs!) même si je me plains toujours beaucoup ! Je pense réussir à tenir dans de bonnes conditions pendant encore quelques années. Surtout si je sais que j’ai une porte de sortie à moyen terme.

Mais cette transition, je ne me vois pas la mettre en place avec une formation d’énergéticienne. Parce que c’est encore trop loin de qui je suis aujourd’hui. Et que faire cohabiter ces deux activités, ça finirait par me rendre schizophrène ! J’ai besoin de temps pour faire la part des choses (je suis restée en lutte pendant tout le temps de ma formation, entre une partie de moi qui se retrouvait vraiment dans ce qu’elle entendait, et l’autre qui criait « attention, charlatanisme, ne te laisse pas embobiner ») J’ai besoin de laisser décanter, de lire, d’échanger, de m’approprier ce qui me correspond et de laisser le reste. Il y a vraiment des choses qui me parlent, notamment en médecine chinoise. La tradition indo-tibétaine m’est plus difficile à appréhender. La naturopathie, bien que vraiment très intéressante sur le fond, a des côtés qui m’horripilent un peu (les gens qui reviennent de chez le naturopathe en demandant une coloscopie « parce que j’ai une faiblesse à l’intestin » je peux pas, ça me hérisse, vraiment…) et l’idée de recommander des compléments alimentaires, avec tout le marketing qu’il peut y avoir derrière, je ne veux pas.

Donc j’y reviendrai sans doute, plus tard, plus mûre, plus consciente de la finalité de la formation, moins dans l’attente irréaliste d’une médecine alternative parfaite et libérée de toute influence…

Je n’abandonne pas pour autant l’idée d’un virage professionnel (de toute façon, vu ce qui se trame en hauts lieux, il faut avoir une porte de sortie, c’est obligé pour moi…)

J’ai décidé que mon DPC cette année serait consacré à l’hypnose. Je n’avais jamais vraiment envisagé de me diriger dans ce sens, mais j’ai reçu une proposition pour 4 jours d’initiation à l’usage de l’hypnose en médecine générale, alors c’est l’occasion qui a fait le larron… J’ai une obligation de formation à respecter, on me paye pour ça… Pourquoi s’en priver ?! Je n’en attends rien de particulier, peut-être que ce sera une révélation, peut-être pas, on verra bien ! (ce sera à la fin du mois, à Lyon)

Et pour 2015, je me suis inscrite à une formation de sophrologie (pour rester dans les états de conscience modifiés…) 5 stages, de janvier à octobre, avec la possibilité de proposer des séances à mes patients dès la fin de l’année. J’espère pouvoir m’en servir dans les troubles du sommeil, la souffrance au travail, la gestion du stress, etc… Ensuite, possibilité de faire une 2e année, avec des spécialisations dans différents domaines, selon les centres d’intérêt (maternité, enfance et adolescence, sport, sexo…) J’adresse déjà beaucoup de mes patients à une correspondante, psychologue de formation, installée comme sophrologue-relaxologue depuis de nombreuses années (celle-là même qui m’a accompagnée pendant 5 ans, après la naissance de ma 1ère fille, dans le tourbillon qui s’en est suivi) J’ai des retours de certains d’entre eux, qui y sont allés, et ont apprécié sa prise en charge… Je pourrais sans doute m’occuper moi-même certains de mes patients, petit à petit…

Et selon l’intérêt suscité, après une période de transition pendant laquelle j’espère pouvoir compléter mon cursus avec une formation en « relation d’aide » (celle que je veux faire s’étale sur 2 ans) je pourrais peut-être envisager de me consacrer entièrement à une activité de psychothérapeute (puisque mon doctorat en médecine me permet d’utiliser ce titre) en utilisant la sophro comme outil.

Objectif : déplaquage dans 3 ou 4 ans, donc… Je vous donne RDV ici pour en parler ! ^_^

Voilà où j’en suis…

Parfois, tout me parait limpide, je n’ai aucun doute sur la faisabilité de mon projet, je sais que ça va le faire, parce que c’est ce que j’aime et que je suis faite pour ça…

Parfois, je suis pétrie de doutes, je me demande pourquoi vouloir à tout prix quitter un métier qui me permet de gagner correctement ma vie, pourquoi ne pas plutôt me perfectionner en MG (gynéco, écho, ponctions et infiltrations des grosses articulations, passer quelques journées aux urgences pour garder la main sur les voies veineuses, injections IV, sutures et petites immobilisations…) pour devenir ce médecin que je voulais être, avant…

Alors pour le moment j’essaye surtout de mettre un pied devant l’autre, de faire une médecine générale « de base » de qualité, et d’aller vers ce qui m’appelle le plus fort pour la suite…

Advienne que pourra…

J’espère que je retomberai toujours sur mes pieds quoi que l’avenir me réserve…

Coming-out

Je n’ai pas écrit ici depuis fort longtemps…
Les choses bougent beaucoup pour moi, et j’ai du mal à en parler.

Dans la vraie vie comme dans celle-ci !

J’ai commencé une formation depuis novembre. J’en parlais ici sans entrer dans les détails… J’ai envie de le faire aujourd’hui.

 
La formation que j’ai choisie, celle qui me faisait vibrer depuis des mois, c’est une formation de Praticien en Énergétique.

En disant ça, j’ai vraiment l’impression de faire un coming-out !

Je suis quelqu’un de très cartésien à la base, issu d’un milieu familial scientifique, évoluant dans une profession on ne peut plus « sérieuse »… Alors comment en suis-je arrivée à m’intéresser au soin « non conventionnel » ?

A vrai dire, c’est la vie qui m’a guidée… Les rencontres, les échanges, les « hasards »…

Le fait est que j’ai toujours été attirée par « une autre façon de soigner ».
Je me suis sentie un peu extra-terrestre durant toutes mes études…

Je ne me retrouvais pas dans ce qu’on nous apprenait, la manière dont on nous l’apprenait… Prendre en compte le patient dans sa globalité? On nous en parlait tout le temps, mais j’avais l’impression que ce n’était jamais le cas, finalement…
J’ai choisi la médecine générale pour pouvoir appréhender le patient dans cette fameuse globalité. C’était un choix délibéré.
Mon stage chez le praticien, je l’ai fait chez un médecin généraliste acupuncteur et homéopathe. Par choix également.
J’ai toujours été attirée par la possibilité de pouvoir soigner sans médicaments.
J’avais un temps envisagé de faire une formation en homéopathie dès mon internat, pour pouvoir ensuite faire des remplacements de généralistes homéopathes. Mais bon, c’était trop cher, et puis j’ai été enceinte, j’ai eu d’autre priorités…
J’ai commencé ma « sophro-thérapie » après la naissance de ma 1ère fille… Sur les conseils d’une homéopathe (j’en avais parlé ici).
Par la suite, avec l’expérience des remplacements en médecine générale, j’ai vite réalisé que les patients avaient un grand besoin de parler. Et d’être écoutés. Et que ce dont je bénéficiais à travers ma thérapie, ils en auraient sans doute besoin aussi !

J’ai alors voulu me former à l’écoute (je ne me voyais pas sophrologue… La parole me semblait une approche suffisante).

J’ai fait un stage d’initiation à l‘Approche Centrée sur la Personne selon Carl Rogers. Une révélation ! Moi qui croyais savoir écouter, je tombais de haut !
Cependant, avec l’envie de devenir psychothérapeute, je ressentais le besoin de me former à une autre approche ; avec plus d’outils pratiques, pour pouvoir guider le patient de façon plus active que dans l’ACP.
C’est à cette période que j’ai découvert l’école que je fréquente actuellement, et qui propose une approche holistique basée sur 4 piliers : la relation d’aide, la sophrologie, les massages et l’énergétique.

 
A la base, j’étais vraiment partie sur la relation d’aide.
Et puis les patients eux-mêmes m’ont fait découvrir la microkiné.

C’est drôle comme parfois on a l’impression que « l’Univers » s’amuse à enfoncer le clou pour s’assurer qu’on a bien eu le message !
En l’espace d’un mois, plusieurs patients, ma secrétaire et ma sage-femme me racontaient cette méthode un peu bizarre aux résultats étonnants.

Parmi les femmes que j’ai côtoyées lors de ma période « forum de maternage », beaucoup étaient portées sur la kinésiologie, le reiki, les fleurs de Bach et autres élixirs floraux…

J’ai beaucoup lu leurs discussions, sans trop y participer. Au début on trouve ça loufoque. Et puis quand on s’y intéresse, on se rend compte à quel point ça a du sens, au contraire.
Le point commun à toutes ces approches, c’est leur action au niveau émotionnel. Repérer et soigner les cicatrices émotionnelles, au niveau énergétique.
Peut-être plus tard j’expliciterai plus précisément le concept, que je ne maitrise pas encore vraiment, et qui est un peu difficile à accepter pour un esprit cartésien, mais vraiment ça me parlait trop pour que je l’ignore.
Et de fil en aiguille, j’ai participé à une journée d’initiation, qui m’a confirmé que c’était tout à fait ce que je voulais faire : rester dans le soin, mais à un autre niveau.

Et me voilà donc lancée dans cette aventure !

Alors, je ne dis pas que tout est simple, que tout coule de source : j’ai encore beaucoup de mal à me projeter en tant qu’énergéticienne… J’ai peur de perdre toute crédibilité… Utiliser les couleurs, les sons, les cristaux… Ressentir l’aura des organes… Travailler sur les chakras… C’est juste une autre dimension pour moi !

Du coup, je n’exclue pas de me former également en relation d’aide pour avoir une image et une approche plus conventionnelles, et pouvoir travailler sur plusieurs niveaux… Mais c’est un gros boulot, vraiment. Le contenu théorique est quand même très lourd, que ce soit sur la tradition chinoise ou indo-tibétaine… Alors rajouter la relation d’aide à cela, je ne sais pas si c’est très raisonnable…

Pour le moment, j’avance doucement, on verra bien par la suite…

J’ai longtemps hésité à parler de ce projet… Sans doute avec la même crainte de perdre ma crédibilité, de passer pour une apprentie charlatanologue.

J’ai bien lu ce billet de PerrucheEnAutomne.

Et des remarques et moqueries sur Twitter j’en lis tout le temps (sur l’homéo, la lune, les patients qui ont des « croyances bizarres », les naturopathes…)

Mais bon…

Après tout chacun son opinion…
Je pense néanmoins qu’on critique et qu’on moque parfois un peu trop facilement ce qu’on ne connaît pas, ce qu’on ne comprend pas… Chacun gagnerait sans doute à élargir son point de vue…

De mon côté, je ne remets pas du tout en cause l’approche conventionnelle, je continue d’ailleurs de pratiquer une médecine générale on ne peut plus classique.
Cependant, je crois qu’on est tous confrontés au quotidien aux limites de ce que la faculté nous apprend.

Les malaises inexpliqués, les symptômes fonctionnels sans gravité mais à fort retentissement pour le patient, les enchaînements troublants de pathologies diverses sans liens apparents…

Je suis sollicitée quotidiennement pour ce genre de situations.

J’essaye de rassurer : « Non, je ne sais pas exactement ce que vous avez, mais je sais que ce n’est pas grave, donc on ne va rien faire de plus »
C’est une attitude respectable.
Mais c’est difficile à accepter.
Pour tout le monde.

Pour le patient qui reste avec ses symptômes parfois invalidants (« mais docteur, parfois je perds connaissance… si ça m’arrivait au volant…. ») et pour le médecin qui se trouve impuissant (« je sais bien, mais tous les bilans sont normaux, il faut attendre de voir comment ça va évoluer…. »)
Je pense que c’est très sain d’accepter ses limites, et de (re)prendre conscience que le médecin n’est pas en mesure de soulager tous les maux.

Mais notre vision de la santé est tout de même très étriquée, quand on la met en perspective avec d’autres traditions, d’autres cultures… Personnellement, je trouve l’approche énergétique très cohérente.

Avoir une réflexion sur le corps et l’âme, dans leurs différents plans et sous-plans… C’est passionnant.

Travailler sur l’idée que tout ne s’explique pas au niveau cellulaire, moléculaire…

Que nous sommes mus par des centres d’énergie, qui peuvent être en état de faiblesse ou au contraire de plénitude, avec des retentissements somatiques ou psychologiques.

Que les troubles fonctionnels ne sont pas que « psycho »somatiques… Que ce n’est pas « dans la tête que ça se passe ». Que c’est une histoire de déséquilibre plus global…

Par exemple, les cystites à répétition… Ce n’est pas « normal », on ne sait pas pourquoi le patient n’arrive pas à s’en débarrasser, on sait que le bombarder d’antibiotiques n’est pas satisfaisant et a des répercussions qui ne sont pas anodines, mais on ne sait pas faire autrement… Et on ne peut pas dire que « c’est dans la tête que ça se passe », il ne va pas aller chez le psy pour ça…

Alors on fait quoi?

L’approche énergétique est-elle un leurre pour nous donner l’impression qu’on peut tout expliquer et tout soigner ? Peut-être… Ou pas… Dans ma formation, ce n’est pas ce qu’on m’apprend en tout cas. On n’est pas des apprentis magiciens, on n’apprend à duper les gens…On nous enseigne une approche diagnostique et thérapeutique, complémentaire de la médecine conventionnelle (l’idée étant d’intervenir avant que les troubles ne soient installés au niveau cellulaire)

Le hic, c’est que ça manque clairement d’études, d’évaluations, d’objectivité… Mais est-ce qu’on peut vraiment tout étudier, évaluer, de façon objective?
Comme dans tous les domaines, je pense qu’il y a des abus, des praticiens qui sont plus intéressés par le profit que par le service rendu au patient…

Mais je pense qu’il y a aussi des gens très sérieux, qui ont une vraie compétence, et qui ne doivent pas être mis dans le même panier que les charlatans de tous bords…

 
Et j’espère être de ceux-là…

 

 

Le blues d’une jeune médecin généraliste

« Docteur, vous n’auriez pas quelque chose… »

Combien de fois par jour entendons-nous des phrases qui commencent par ces mots ?

Quelque chose pour…

–          Maigrir

–          Faire passer cette toux

–          Que ma grossesse ne soit plus gâchée par ces nausées

–          Que mon bébé fasse ses nuits

–          Que mon enfant soit plus calme

–          Que je puisse… aller travailler demain (j’ai une réunion, je ne peux pas me permettre d’être malade) …partir en WE vendredi (depuis le temps que je l’attends, je ne peux pas me permette de ne pas en profiter)

Quelque chose contre…

–          La fatigue

–          Les angoisses

–          Les insomnies

–          Les douleurs

–          Les boutons

–          Ce symptôme dont je souffre depuis 15 ans et pour lequel « on » a déjà tout essayé en vain

Quand c’est demandé comme ça vite fait en fin de consult, j’écoute, je prends quelques secondes de réflexion, et je réponds le plus souvent quelque chose comme « Je regrette mais malheureusement, je crains de ne pas avoir de remède miracle pour ce problème précis » et je ne montre pas à quel point ça m’énerve que quelqu’un puisse sérieusement imaginer que j’aie « un truc » pour ou contre ceci ou cela…

Quand c’est un motif de consultation à part entière, c’est plus problématique…

« Docteur ce n’est pas normal, je ne mange rien et je grossis, il doit forcément y avoir un problème, ça doit être hormonal… »

« Docteur, ce n’est pas normal, je suis fatiguée, épuisée, lessivée… Je me traine, je m’écouterais je ne ferais que dormir, je tombe de sommeil à 20h devant la télé, je me lève à 7h le lendemain, et je ne suis jamais reposée… »

« Docteur, ce n’est pas normal, je suis tout le temps malade, si je n’ai pas le nez qui coule je tousse, je suis bien 2 jours et j’enchaine sur une gastro, je n’en sors pas, je dois avoir une baisse de l’immunité… »

« Docteur, ce n’est pas normal, j’ai tout le temps mal au dos/au coude/aux épaules, alors que je fais juste mon ménage/un peu de bois/du jardinage… J’ai sûrement quelque chose de coincé/déplacé… »

Ces situations débouchent le plus souvent sur des demandes de biologie « complète », ou de radios « pour voir ce qui se passe ».

Souvent, je me demande comment nous en sommes arrivés là… Je doute que la génération de mes grands-parents (nés dans les années 1925) ait jamais consulté un médecin pour ce genre de motif… Ni pour la goutte au nez d’ailleurs… Je pense qu’à l’époque, on se mouchait (dans sa manche) et on continuait d’aller à l’école à vélo en jupe-chaussettes par moins 2°… Je ne dis pas que c’était mieux, hein, entendons-nous bien… Mais je me dis souvent que de nos jours, les parents devraient quand-même savoir gérer le rhume, la fièvre pendant quelques jours, le mal de ventre banal, et tous les petits symptômes qui émaillent le quotidien sans avoir à en référer au médecin dans la journée « pour être sûr(e) »… Mais je m’égare…

« Docteur, ce n’est pas normal… »

Mmmmmm, la normalité… C’est très surfait, sachez-le!…

Ceci dit, en temps « normal », j’essaye de répondre à ces plaintes (terme choisi sans connotation péjorative aucune, il me semble « normal » que les patients aient des plaintes, ils viennent rarement quand tout va bien…) ou tout au moins de les entendre.

Je le fais avec plus ou moins de disponibilité selon qu’elles se présentent en début ou en fin de consultation, et selon l’importance de mon retard. Genre la 3e consultation du jour alors que j’accuse déjà 30 minutes de retard, je ne suis pas over disponible… Et lorsqu’elles sont noyées dans un flot continu de viroses diverses et variées, que j’entends le téléphone qui continue de sonner alors que mon planning déborde déjà, que je suis préoccupée par ce questionnement récurrent : « mais où vais-je tous les caser ?? », j’avoue que je ne suis pas du tout au top de l’empathie…

Je me demande parfois ce qui se passerait si je disais à voix haute les mots qui me viennent spontanément à l’esprit, sans les passer par le filtre de la bienséance…

Aux gens fatigués qui dorment tout le temps, j’ai envie de dire qu’ils ont bien de la chance de pouvoir s’offrir ce luxe… Que ça fait 12 ans que j’ai fait une croix sur des nuits non morcelées et qui dureraient plus de 6 heures… Que s’ils se donnaient la peine de regarder un peu ma tronche, ils y repenseraient à 2 fois avant de se plaindre (terme choisi cette fois avec une connotation très péjorative et méprisante) d’être fatigués.

Aux gens angoissés, j’ai envie de dire que ça m’a pris 5 bonnes années de « sophro-thérapie » pour réussir à vivre avec les miennes, d’angoisses, en les ramenant à un niveau juste suffisamment tolérable pour faire face au quotidien sans bouffer plein de cachets…

Aux gens qui veulent maigrir, j’ai envie de dire que je n’ai vraiment aucune idée de la manière dont ils pourraient s’y prendre pour perdre du poids, parce que l’alimentation, le poids, touça touça, c’est plus une question d’émotions que de calories à mon humble avis. Ayant une amie qui souffre d’obésité, je sais le mal que peuvent faire les régimes de tous bords, donc non aux régimes, mais quoi d’autre, ben je n’en sais fichtre rien…

Aux gens qui n’arrivent pas à dormir, j’ai envie de dire que je suis moi-même embourbée jusqu’au cou dans le douloureux problème de l’endormissement avec mon ainée, âgée de 11 ans… Répéter encore et encore qu’il faudrait lâcher prise, laisser venir le sommeil tranquillement, ne pas se braquer quand ça ne marche pas, ne pas s’énerver parce qu’on ne dort pas, parce qu’on va être fatigué le lendemain, parce qu’on va être la seule à ne pas dormir dans une maison sombre et silencieuse… Et constater chaque soir que pisser dans un violon serait sans doute plus productif… J’ai envie de leur dire que je dois lutter chaque soir pour ne pas lui filer du toplexil ou de l’atarax, voire des granules qui lui laisseraient croire que sans médicament, point de salut… Je résiste à la facilité pour que dans 10 ans ce ne soit pas elle, de l’autre côté du bureau, qui vienne quémander un somnifère et un anxiolytique à un médecin qui aura plus vite fait de lui rédiger son ordonnance que de lui redire ce que sa mère a échoué à lui faire comprendre 10 ans plus tôt…

A tous j’ai envie de dire qu’il faut arrêter de croire que le médecin fait des miracles. Moi en tout cas je ne sais pas faire. Sinon, ça se saurait, et je serais riche, et je ne serais pas là avec eux à 20h passées au lieu d’être avec mes enfants…

Heureusement, j’ai encore assez de recul pour faire la part des choses, pour ne pas laisser mon vécu parasiter la consultation (car objectivement, tout le monde ne peut sans doute pas venir à bout de ses angoisses avec un peu de sophro…) Je sais que mon expérience très personnelle ne peut pas être transposée dans la vie de ce patient-là… Et que de lui balancer ma life ne résoudra pas son problème.

Juste que quand la première phrase qui me vient en tête quand on me dit : « j’ai le nez qui coule/ Je tousse/ Je ne dors pas/ Je fais des crises d’angoisse/ J’ai mal au dos et ça ne passe pas avec le Voltarène® » c’est « Et alors, qu’est-ce que tu veux que j’y fasse BORDAYL »… je me dis que je dois avoir un problème…

Je ne devrais sans doute pas être derrière ce bureau…

Et qu’est-ce que j’aimerais ne pas y être, d’ailleurs, derrière ce foutu bureau, à l’heure où les mamans m’amènent leur enfant qui «a eu mal au ventre cet après-midi à l’école mais bon là ça à l’air d’aller mieux, mais quand même je vous l’amène pour être sûre », cette heure où moi je ne peux pas être avec les miens, d’enfants, sachant que quand je rentrerais toutes seront déjà endormies… sauf celle qu’il faudra essayer de rassurer, de calmer, de consoler parce qu’elle n’y arrive pas, à dormir… alors que moi j’en aurais grand besoin, de dormir…

Mais n’est-il pas indécent de se sentir surmenée/dépassée/débordée quand on voit entre 20 et 25 patients par jour seulement?? Alors que de nombreux confrères en voient quotidiennement le double depuis des (dizaines d’) années (eux peuvent décemment prétendre au burn-out) Evidemment, mes 20-25 patients/jour, je les vois sur des « demi-journées » (je consulte par exemple de 14h à 19-20-21h selon le cas) donc ça fait quand même de grosses demi-journées… Mais je ne devrais pas me plaindre car j’ai 3 matinées sans consultations (visites, paperasses, repassage, formalités administratives, courriers, coups de téléphone…), je suis là 2 après-midi par semaine (RDV dentiste, ophtalmo, ORL, podologue, micro-kiné, activités des enfants…), et je mange le midi 3 jours par semaine avec les ¾ de mes enfants… Et, cherry on the cake, je gagne suffisamment bien ma vie pour que mon mari soit père au foyer, donc je suis déchargée de quasiment toutes les tâches ménagères et logistiques…

Je me sens vraiment petite nature à côté de « ceux qui bossent vraiment » comme dit mon associé… Et de celles qui assument un voire deux jobs ainsi que toute la responsabilité de la maison et des enfants…

Simplement, je crois que cela confirme mon sentiment de ne pas être à ma place dans ce métier tel qu’il doit être exercé aujourd’hui… Je ne sais pas comment font les autres, mais moi, clairement, je ne veux pas continuer à vivre comme cela…

Ce métier me vide petit à petit de mon énergie, de mon enthousiasme, de ma force vive. Ce métier m’isole et m’aliène. Ce métier que je croyais si beau… J’en découvre chaque jour le côté sombre, et je refuse de me perdre pour lui.

Le bonheur de ne plus avoir peur

L’autre jour, j’ai vu en consultation une jeune femme qui m’a beaucoup touchée…

Elle consultait pour une fièvre, et elle était complètement paniquée à l’idée de devoir prendre des médicaments… De fil en aiguille (je ne peux pas laisser une personne pleurer sans chercher à entendre ce qui se cache derrière ses pleurs) elle m’explique que cela fait deux ans qu’elle est paralysée par la peur… Cela avait commencé insidieusement, et puis elle en était arrivée à avoir peur de tout, y compris à l’idée de sortir de chez elle. Toute sortie éveillait en elle une peur panique à tel point qu’elle n’entreprenait plus rien.

En la voyant, j’ai eu comme un flash ; j’ai eu l’impression d’avoir devant moi la personne que j’aurais pu devenir si…

Si quoi, au juste ?

Si je n’avais pas rencontré les bonnes personnes, sans doute, et si je n’avais pas trouvé la force de prendre le chemin du mieux-être… Si je n’avais pas retiré mes œillères, aussi…

A la fin de mon externat, j’ai sympathisé avec ma voisine de pallier, qui consultait une homéopathe et un acupuncteur… Avant cette rencontre, je n’avais jamais côtoyé personne ayant recours aux médecines « parallèles ». J’ai d’abord halluciné quand elle me racontait que son acupuncteur la disait anémique en lui prenant le pouls (en dehors d’une anémie profonde et aiguë qui lui aurait donné un pouls filant, je ne voyais pas comment il pouvait affirmer cela…), entre autres choses… Charlatanisme, pensais-je !

Et puis au cours de ma première grossesse, étant malade et ne souhaitant pas prendre d’allopathie, j’ai moi aussi consulté l’homéopathe… J’ai apprécié sa douceur, son calme, le temps qu’elle m’a accordée… La proximité géographique aidant, c’est elle que j’ai consultée par la suite pour le suivi de mon bébé nouveau-né. Elle aurait pu se contenter de « peser-mesurer-vacciner-encaisser »… Mais elle a « vu »…

Elle a vu ma difficulté à entrer en contact avec mon bébé, la façon machinale, « clinique », dont je m’occupais d’elle, mon épuisement, l’angoisse sourde et profonde qui ne me quittait pas…

Ai-je pleuré pendant les consultations ? Je ne crois pas… Elle a néanmoins cherché à m’aider à créer un lien avec ce bébé : elle m’a d’abord orientée vers une personne « maternante » (je ne connaissais pas ce mot à l’époque) pour apprendre à faire des massages à ce bébé, pour entrer en relation avec lui… Souvenir douloureux que ces rencontres avec cette personne, d’ailleurs, un tel décalage entre nous… Je pense qu’aujourd’hui nous aurions des choses à partager, mais à l’époque je n’en étais pas « là ».

Par la suite, elle m’a orientée vers une sophrologue, me disant que cela m’aiderait à apprendre à « gérer mes émotions »…

C’est cette rencontre qui a contribué à changer ma vie.

Au cours d’un travail qui s’est étalé de façon très irrégulière sur un peu plus de cinq ans, j’ai effectué un passage à l’âge adulte. J’ai trouvé l’accompagnement dont j’avais besoin pour « apprendre à gérer mes émotions »… C’est-à-dire les entendre, les écouter, les accepter, un peu mieux les comprendre aussi… Et puis également M’entendre, M’écouter, M’accepter, un peu mieux ME comprendre…

Je me souviens de cette séance, peu avant la fin de mon congé maternité, que j’ai passée à pleurer sans interruption… Première journée complète où je confiais mon bébé à sa nourrice… Le rituel de fin de séance où il m’était demandé de trouver un projet positif à mettre en œuvre : rien, nada, le black out… Ma vie me semblait vide de sens, retourner travailler me terrifiait, me séparer de mon bébé était un déchirement…

Cette période a été difficile, surtout professionnellement. J’étais interne, j’avais très peu confiance en moi, très peu de self-esteem ; je ne savais pas m’imposer et n’en avais d’ailleurs aucune envie : je voulais juste faire ce qu’on attendait de moi et me faire oublier, être transparente, invisible…

J’ai enchainé les stages peu formateurs sans faire de rencontre professionnelle marquante.

Un jour j’ai quitté l’hôpital avec bonheur… pour commencer les remplacements dans la terreur.

Je ne me sentais absolument pas préparée à exercer la médecine générale, j’avais peur, tellement peur… De me planter, de ne pas savoir, que ça se voie… D’être nuisible… Je partais travailler l’angoisse au ventre, avec cette sensation d’être un imposteur et que les patients allaient me démasquer… A la fin de chaque journée, j’étais partagée entre le soulagement qu’il ne soit rien arrivé de grave ce jour-là, et l’angoisse que cela se produise le lendemain…

Avec le recul, c’est un fait que je n’étais pas opérationnelle. Mais cela ne venait pas de moi (en tout cas pas QUE de moi)

Comment peut-on espérer qu’une formation quasi-exclusivement hospitalière nous prépare à l’exercice de la médecine libérale ? Que des stages dans des services spécialisés nous forment à la médecine générale ? « De mon temps », il n’y avait qu’un stage de 6 mois en cabinet dit « stage chez le praticien ». C’est mieux que rien, mais tellement insuffisant…

Pour ma part, je retiens de mes 5 stages d’interne l’impression d’être toujours en premier semestre, d’être toujours un peu « incapable », d’être celle qu’on appelle « faute de mieux » s’il n’y a pas d’interne de spé, ou s’il n’est pas dispo…

Après 6 mois passés dans un service quel qu’il soit, on a beaucoup appris sur la spécialité du service et on commence à être capable de faire quelque chose, d’être autonome, voire performant. Les internes de spécialité partent alors dans un autre service où ils pourront mettre à profit ce qu’ils ont appris et approfondir leurs connaissances. Les internes de médecine générale enchainent dans un service d’une autre spécialité, où ils repartent de zéro à chaque fois, où ils se construisent insidieusement une identité de « sous spécialité ».

Mes stages hospitaliers m’ont appris l’étendue de tout ce que je ne saurais jamais…

Ma dépression est liée à des facteurs personnels également, c’est évident. Mais lorsque plus tard j’ai eu l’occasion de discuter avec mes anciens camarades de promo, j’ai pu constater que nous étions nombreux à avoir été mal, voire très mal, à cette période de notre vie… Celui-ci qui a aussi  été sous antidépresseurs, celle-là qui a arrêté d’exercer car elle sentait cela la détruisait, celles-ci qui sont devenues accros aux anxiolytique (la peur, toujours la peur)… Quel gâchis…

Quant à l’aspect plus personnel de mon parcours, même si la personne marquante qui m’a entendue et orientée est un médecin généraliste (certes homéopathe, mais avant tout généraliste), je sais aujourd’hui que ce n’est pas à ce niveau du système de soins que je pourrai m’épanouir… Pour de multiples raisons que je détaillerai peut-être plus tard, je sais que je ne pourrai pas rester médecin généraliste toute ma vie. Parmi celles-ci, il y a l’envie de :

–          Ne plus être considérée comme un service qu’on consomme

–          Ne plus me sentir oppressée en entendant une sonnerie de téléphone

–          Ne plus avoir à me préoccuper d’être joignable à tout moment

–          Pouvoir prendre mon temps

–          Ne plus avoir d’employés

–          Quitter le système de gardes

–          Exercer dans un domaine moins vaste, que je pourrais approfondir par des formations ciblées, qui me permettront d’acquérir une vraie compétence sur les sujets qui me passionnent

–          Etre plus présente pour mes enfants, ne plus rentrer après leur coucher

–          Et tant d’autre choses…

J’ai conscience que mon projet est sans doute utopique, que je devrai me confronter à un moment ou à un autre au principe de réalité… Mais j’y crois. C’est ça qui me permet de me lever chaque matin sans avoir la boule au ventre. Cela prendra le temps qu’il faudra, je ne suis pas pressée, mais je suis déterminée.

En attendant, j’essaye de profiter des nombreux aspects positifs et épanouissants de ma profession, et dieu sait qu’il y en a! Car je l’aime aussi, au fond, ce métier… Même si je n’étais pas préparée à ce qui m’attendait!…

Aujourd’hui, j’ai réussi à vivre sans être dévorée par la peur, et c’est une belle victoire. Il me reste maintenant à dépasser la peur de me lancer dans la vie dont je rêve…