Le chemin

(Que ceux qui auront la chanson de Kyo en tête après avoir lu le titre veuillent bien me pardonner ^_^)

Ça fait longtemps que je n’ai pas donné de nouvelles par ici… Non pas que j’imagine que la blogosphère se languisse de savoir ce que je deviens ! Mais ce blog a pour moi vocation à laisser une trace (pour moi en 1er lieu) de mon parcours de « médecin généraliste qui aimerait bien faire autre chose dans la vie ». Et à lire les commentaires et témoignages extrêmement touchants que je continue de recevoir malgré mon inactivité bloguesque, je me dis que ce petit blog garde sa raison d’être, pour d’autres aussi…

Bref!

J’en étais restée, dans mon dernier billet, à ma formation en énergétique, dont la 1ère année a été riche et passionnante, tant sur le plan théorique qu’humain. J’ai appris beaucoup, fait de belles rencontres, élargi mon point de vue. Je n’y vois que du positif. Cependant, j’ai décidé de ne pas m’inscrire en 2e année. Pas tout de suite.

Pourquoi?

Parce que le but de cette formation pour moi c’était aussi d’apprendre un métier, et de pouvoir l’exercer rapidement, pour sortir d’un système de santé auquel je ne crois plus. Quand je me suis inscrite, j’avais des envies d’ailleurs, de claquer la porte de la médecine générale, de dévisser ma plaque, vite. Pour prendre un virage à 180°.

Aujourd’hui je suis plus mesurée. L’objectif est toujours le même : déplaquer. Parce que je ne vois pas mon avenir dans les conditions qui s’annoncent, avec les lois et conventions qu’on nous impose progressivement (mais j’y reviendrai peut-être dans un autre billet)

Mais aujourd’hui j’arrive à envisager une transition, en douceur, progressive…

Parce que mes conditions d’exercice actuelles sont tout de même très favorables (j’aimerais y revenir aussi dans un autre billet, d’ailleurs!) même si je me plains toujours beaucoup ! Je pense réussir à tenir dans de bonnes conditions pendant encore quelques années. Surtout si je sais que j’ai une porte de sortie à moyen terme.

Mais cette transition, je ne me vois pas la mettre en place avec une formation d’énergéticienne. Parce que c’est encore trop loin de qui je suis aujourd’hui. Et que faire cohabiter ces deux activités, ça finirait par me rendre schizophrène ! J’ai besoin de temps pour faire la part des choses (je suis restée en lutte pendant tout le temps de ma formation, entre une partie de moi qui se retrouvait vraiment dans ce qu’elle entendait, et l’autre qui criait « attention, charlatanisme, ne te laisse pas embobiner ») J’ai besoin de laisser décanter, de lire, d’échanger, de m’approprier ce qui me correspond et de laisser le reste. Il y a vraiment des choses qui me parlent, notamment en médecine chinoise. La tradition indo-tibétaine m’est plus difficile à appréhender. La naturopathie, bien que vraiment très intéressante sur le fond, a des côtés qui m’horripilent un peu (les gens qui reviennent de chez le naturopathe en demandant une coloscopie « parce que j’ai une faiblesse à l’intestin » je peux pas, ça me hérisse, vraiment…) et l’idée de recommander des compléments alimentaires, avec tout le marketing qu’il peut y avoir derrière, je ne veux pas.

Donc j’y reviendrai sans doute, plus tard, plus mûre, plus consciente de la finalité de la formation, moins dans l’attente irréaliste d’une médecine alternative parfaite et libérée de toute influence…

Je n’abandonne pas pour autant l’idée d’un virage professionnel (de toute façon, vu ce qui se trame en hauts lieux, il faut avoir une porte de sortie, c’est obligé pour moi…)

J’ai décidé que mon DPC cette année serait consacré à l’hypnose. Je n’avais jamais vraiment envisagé de me diriger dans ce sens, mais j’ai reçu une proposition pour 4 jours d’initiation à l’usage de l’hypnose en médecine générale, alors c’est l’occasion qui a fait le larron… J’ai une obligation de formation à respecter, on me paye pour ça… Pourquoi s’en priver ?! Je n’en attends rien de particulier, peut-être que ce sera une révélation, peut-être pas, on verra bien ! (ce sera à la fin du mois, à Lyon)

Et pour 2015, je me suis inscrite à une formation de sophrologie (pour rester dans les états de conscience modifiés…) 5 stages, de janvier à octobre, avec la possibilité de proposer des séances à mes patients dès la fin de l’année. J’espère pouvoir m’en servir dans les troubles du sommeil, la souffrance au travail, la gestion du stress, etc… Ensuite, possibilité de faire une 2e année, avec des spécialisations dans différents domaines, selon les centres d’intérêt (maternité, enfance et adolescence, sport, sexo…) J’adresse déjà beaucoup de mes patients à une correspondante, psychologue de formation, installée comme sophrologue-relaxologue depuis de nombreuses années (celle-là même qui m’a accompagnée pendant 5 ans, après la naissance de ma 1ère fille, dans le tourbillon qui s’en est suivi) J’ai des retours de certains d’entre eux, qui y sont allés, et ont apprécié sa prise en charge… Je pourrais sans doute m’occuper moi-même certains de mes patients, petit à petit…

Et selon l’intérêt suscité, après une période de transition pendant laquelle j’espère pouvoir compléter mon cursus avec une formation en « relation d’aide » (celle que je veux faire s’étale sur 2 ans) je pourrais peut-être envisager de me consacrer entièrement à une activité de psychothérapeute (puisque mon doctorat en médecine me permet d’utiliser ce titre) en utilisant la sophro comme outil.

Objectif : déplaquage dans 3 ou 4 ans, donc… Je vous donne RDV ici pour en parler ! ^_^

Voilà où j’en suis…

Parfois, tout me parait limpide, je n’ai aucun doute sur la faisabilité de mon projet, je sais que ça va le faire, parce que c’est ce que j’aime et que je suis faite pour ça…

Parfois, je suis pétrie de doutes, je me demande pourquoi vouloir à tout prix quitter un métier qui me permet de gagner correctement ma vie, pourquoi ne pas plutôt me perfectionner en MG (gynéco, écho, ponctions et infiltrations des grosses articulations, passer quelques journées aux urgences pour garder la main sur les voies veineuses, injections IV, sutures et petites immobilisations…) pour devenir ce médecin que je voulais être, avant…

Alors pour le moment j’essaye surtout de mettre un pied devant l’autre, de faire une médecine générale « de base » de qualité, et d’aller vers ce qui m’appelle le plus fort pour la suite…

Advienne que pourra…

J’espère que je retomberai toujours sur mes pieds quoi que l’avenir me réserve…

Publicités

Le bonheur de ne plus avoir peur

L’autre jour, j’ai vu en consultation une jeune femme qui m’a beaucoup touchée…

Elle consultait pour une fièvre, et elle était complètement paniquée à l’idée de devoir prendre des médicaments… De fil en aiguille (je ne peux pas laisser une personne pleurer sans chercher à entendre ce qui se cache derrière ses pleurs) elle m’explique que cela fait deux ans qu’elle est paralysée par la peur… Cela avait commencé insidieusement, et puis elle en était arrivée à avoir peur de tout, y compris à l’idée de sortir de chez elle. Toute sortie éveillait en elle une peur panique à tel point qu’elle n’entreprenait plus rien.

En la voyant, j’ai eu comme un flash ; j’ai eu l’impression d’avoir devant moi la personne que j’aurais pu devenir si…

Si quoi, au juste ?

Si je n’avais pas rencontré les bonnes personnes, sans doute, et si je n’avais pas trouvé la force de prendre le chemin du mieux-être… Si je n’avais pas retiré mes œillères, aussi…

A la fin de mon externat, j’ai sympathisé avec ma voisine de pallier, qui consultait une homéopathe et un acupuncteur… Avant cette rencontre, je n’avais jamais côtoyé personne ayant recours aux médecines « parallèles ». J’ai d’abord halluciné quand elle me racontait que son acupuncteur la disait anémique en lui prenant le pouls (en dehors d’une anémie profonde et aiguë qui lui aurait donné un pouls filant, je ne voyais pas comment il pouvait affirmer cela…), entre autres choses… Charlatanisme, pensais-je !

Et puis au cours de ma première grossesse, étant malade et ne souhaitant pas prendre d’allopathie, j’ai moi aussi consulté l’homéopathe… J’ai apprécié sa douceur, son calme, le temps qu’elle m’a accordée… La proximité géographique aidant, c’est elle que j’ai consultée par la suite pour le suivi de mon bébé nouveau-né. Elle aurait pu se contenter de « peser-mesurer-vacciner-encaisser »… Mais elle a « vu »…

Elle a vu ma difficulté à entrer en contact avec mon bébé, la façon machinale, « clinique », dont je m’occupais d’elle, mon épuisement, l’angoisse sourde et profonde qui ne me quittait pas…

Ai-je pleuré pendant les consultations ? Je ne crois pas… Elle a néanmoins cherché à m’aider à créer un lien avec ce bébé : elle m’a d’abord orientée vers une personne « maternante » (je ne connaissais pas ce mot à l’époque) pour apprendre à faire des massages à ce bébé, pour entrer en relation avec lui… Souvenir douloureux que ces rencontres avec cette personne, d’ailleurs, un tel décalage entre nous… Je pense qu’aujourd’hui nous aurions des choses à partager, mais à l’époque je n’en étais pas « là ».

Par la suite, elle m’a orientée vers une sophrologue, me disant que cela m’aiderait à apprendre à « gérer mes émotions »…

C’est cette rencontre qui a contribué à changer ma vie.

Au cours d’un travail qui s’est étalé de façon très irrégulière sur un peu plus de cinq ans, j’ai effectué un passage à l’âge adulte. J’ai trouvé l’accompagnement dont j’avais besoin pour « apprendre à gérer mes émotions »… C’est-à-dire les entendre, les écouter, les accepter, un peu mieux les comprendre aussi… Et puis également M’entendre, M’écouter, M’accepter, un peu mieux ME comprendre…

Je me souviens de cette séance, peu avant la fin de mon congé maternité, que j’ai passée à pleurer sans interruption… Première journée complète où je confiais mon bébé à sa nourrice… Le rituel de fin de séance où il m’était demandé de trouver un projet positif à mettre en œuvre : rien, nada, le black out… Ma vie me semblait vide de sens, retourner travailler me terrifiait, me séparer de mon bébé était un déchirement…

Cette période a été difficile, surtout professionnellement. J’étais interne, j’avais très peu confiance en moi, très peu de self-esteem ; je ne savais pas m’imposer et n’en avais d’ailleurs aucune envie : je voulais juste faire ce qu’on attendait de moi et me faire oublier, être transparente, invisible…

J’ai enchainé les stages peu formateurs sans faire de rencontre professionnelle marquante.

Un jour j’ai quitté l’hôpital avec bonheur… pour commencer les remplacements dans la terreur.

Je ne me sentais absolument pas préparée à exercer la médecine générale, j’avais peur, tellement peur… De me planter, de ne pas savoir, que ça se voie… D’être nuisible… Je partais travailler l’angoisse au ventre, avec cette sensation d’être un imposteur et que les patients allaient me démasquer… A la fin de chaque journée, j’étais partagée entre le soulagement qu’il ne soit rien arrivé de grave ce jour-là, et l’angoisse que cela se produise le lendemain…

Avec le recul, c’est un fait que je n’étais pas opérationnelle. Mais cela ne venait pas de moi (en tout cas pas QUE de moi)

Comment peut-on espérer qu’une formation quasi-exclusivement hospitalière nous prépare à l’exercice de la médecine libérale ? Que des stages dans des services spécialisés nous forment à la médecine générale ? « De mon temps », il n’y avait qu’un stage de 6 mois en cabinet dit « stage chez le praticien ». C’est mieux que rien, mais tellement insuffisant…

Pour ma part, je retiens de mes 5 stages d’interne l’impression d’être toujours en premier semestre, d’être toujours un peu « incapable », d’être celle qu’on appelle « faute de mieux » s’il n’y a pas d’interne de spé, ou s’il n’est pas dispo…

Après 6 mois passés dans un service quel qu’il soit, on a beaucoup appris sur la spécialité du service et on commence à être capable de faire quelque chose, d’être autonome, voire performant. Les internes de spécialité partent alors dans un autre service où ils pourront mettre à profit ce qu’ils ont appris et approfondir leurs connaissances. Les internes de médecine générale enchainent dans un service d’une autre spécialité, où ils repartent de zéro à chaque fois, où ils se construisent insidieusement une identité de « sous spécialité ».

Mes stages hospitaliers m’ont appris l’étendue de tout ce que je ne saurais jamais…

Ma dépression est liée à des facteurs personnels également, c’est évident. Mais lorsque plus tard j’ai eu l’occasion de discuter avec mes anciens camarades de promo, j’ai pu constater que nous étions nombreux à avoir été mal, voire très mal, à cette période de notre vie… Celui-ci qui a aussi  été sous antidépresseurs, celle-là qui a arrêté d’exercer car elle sentait cela la détruisait, celles-ci qui sont devenues accros aux anxiolytique (la peur, toujours la peur)… Quel gâchis…

Quant à l’aspect plus personnel de mon parcours, même si la personne marquante qui m’a entendue et orientée est un médecin généraliste (certes homéopathe, mais avant tout généraliste), je sais aujourd’hui que ce n’est pas à ce niveau du système de soins que je pourrai m’épanouir… Pour de multiples raisons que je détaillerai peut-être plus tard, je sais que je ne pourrai pas rester médecin généraliste toute ma vie. Parmi celles-ci, il y a l’envie de :

–          Ne plus être considérée comme un service qu’on consomme

–          Ne plus me sentir oppressée en entendant une sonnerie de téléphone

–          Ne plus avoir à me préoccuper d’être joignable à tout moment

–          Pouvoir prendre mon temps

–          Ne plus avoir d’employés

–          Quitter le système de gardes

–          Exercer dans un domaine moins vaste, que je pourrais approfondir par des formations ciblées, qui me permettront d’acquérir une vraie compétence sur les sujets qui me passionnent

–          Etre plus présente pour mes enfants, ne plus rentrer après leur coucher

–          Et tant d’autre choses…

J’ai conscience que mon projet est sans doute utopique, que je devrai me confronter à un moment ou à un autre au principe de réalité… Mais j’y crois. C’est ça qui me permet de me lever chaque matin sans avoir la boule au ventre. Cela prendra le temps qu’il faudra, je ne suis pas pressée, mais je suis déterminée.

En attendant, j’essaye de profiter des nombreux aspects positifs et épanouissants de ma profession, et dieu sait qu’il y en a! Car je l’aime aussi, au fond, ce métier… Même si je n’étais pas préparée à ce qui m’attendait!…

Aujourd’hui, j’ai réussi à vivre sans être dévorée par la peur, et c’est une belle victoire. Il me reste maintenant à dépasser la peur de me lancer dans la vie dont je rêve…